Lorsque l’on parle de lagunage naturel ou d’assainissement écologique, l’image des roseaux vient souvent immédiatement à l’esprit. Ces plantes sont en effet très présentes dans certains systèmes de traitement naturel des eaux usées. Mais quel est réellement leur rôle ? Est-ce le roseau lui-même qui purifie l’eau ? Pourquoi cette plante est-elle autant utilisée dans les dispositifs d’assainissement ?

Derrière leur apparence très naturelle, les roseaux participent au fonctionnement d’un véritable écosystème épuratoire. Leur rôle est cependant souvent mal compris. Explications.

Roseaux et lagunage : de quoi parle-t-on exactement ?

Avant de comprendre le rôle des roseaux, une petite précision s’impose. Le lagunage naturel et le filtre planté de roseaux sont deux techniques d’assainissement qui peuvent être rapprochées, mais elles ne fonctionnent pas exactement de la même manière.

Le lagunage repose principalement sur une succession de bassins dans lesquels l’eau séjourne suffisamment longtemps pour permettre à différents phénomènes naturels d’agir : décantation des matières, activité des bactéries, action de la lumière, présence d’algues et échanges avec l’atmosphère.

Le filtre planté de roseaux repose, quant à lui, sur le passage des eaux à travers un massif constitué de matériaux filtrants, généralement composé de différentes granulométries de graviers et autres matériaux adaptés. Des roseaux sont plantés dans ce massif.

Dans le langage courant, ces techniques sont parfois regroupées sous les expressions « lagunage », « assainissement par les plantes » ou « phytoépuration ». Il est néanmoins utile de comprendre cette différence, notamment lorsqu’un projet d’assainissement doit être étudié et dimensionné.

Pourquoi utilise-t-on des roseaux pour traiter les eaux usées ?

Le roseau commun, notamment Phragmites australis, possède plusieurs caractéristiques particulièrement intéressantes pour les milieux humides et les systèmes de filtration plantés.

C’est une plante naturellement adaptée aux sols très humides. Elle développe également un réseau important de racines et de rhizomes capable de coloniser progressivement le massif dans lequel elle est installée.

Cette végétation ne doit toutefois pas être considérée comme une sorte de « pompe naturelle » qui absorberait à elle seule tous les polluants présents dans les eaux usées. Le fonctionnement d’un filtre planté est plus complexe et repose sur l’association de plusieurs éléments :

  • le massif de matériaux filtrants ;
  • les micro-organismes naturellement présents ;
  • les racines et rhizomes des roseaux ;
  • la circulation de l’eau et de l’air dans le dispositif ;
  • l’alternance des phases d’alimentation et de repos selon le système utilisé.

C’est donc tout cet écosystème vivant qui participe au traitement des eaux.

Les roseaux ne dépolluent pas seuls l’eau

C’est probablement l’idée la plus importante à retenir. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas principalement les roseaux qui « mangent » ou éliminent la pollution contenue dans les eaux usées.

Une grande partie du travail est réalisée par des bactéries et autres micro-organismes qui se développent naturellement dans le système. Ils utilisent et transforment une partie de la matière organique contenue dans les eaux.

Le massif filtrant joue lui aussi un rôle essentiel. Lors de son passage à travers les différentes couches de matériaux, l’eau est filtrée et les matières solides peuvent être retenues.

Les roseaux interviennent donc davantage comme un élément contribuant au bon fonctionnement durable du milieu filtrant et de l’écosystème biologique qui s’y développe.

1. Les racines créent un milieu favorable aux micro-organismes

Sous la surface, un filtre planté est parcouru par un réseau dense de racines et de rhizomes. Ces zones constituent un environnement particulièrement intéressant pour le développement des communautés microbiennes.

Or ces micro-organismes sont indispensables au traitement biologique des eaux usées. Ils participent notamment à la transformation de la matière organique et, selon la conception du dispositif et les conditions présentes, à certaines transformations de l’azote.

On peut ainsi considérer les roseaux comme l’une des composantes permettant de maintenir un milieu vivant favorable au processus d’épuration.

2. Les roseaux participent au maintien du massif filtrant

Au fur et à mesure de leur croissance, les racines et les rhizomes traversent une partie du massif. Leur développement contribue à maintenir la structure du milieu et participe au fonctionnement du filtre dans le temps.

La présence des tiges joue également un rôle intéressant à la surface du dispositif. Dans certains filtres recevant des eaux usées brutes, une couche de matières se forme progressivement en surface. Le développement continu des végétaux contribue au maintien des conditions permettant au système de fonctionner.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le choix des végétaux n’est pas simplement esthétique : les plantes doivent être capables de résister aux contraintes particulières du dispositif.

3. Une végétation adaptée aux milieux humides

Le roseau est particulièrement intéressant parce qu’il supporte naturellement des conditions que de nombreuses autres plantes tolèrent difficilement.

Il apprécie les environnements humides, développe rapidement son système souterrain et peut former une couverture végétale dense lorsqu’il bénéficie de conditions adaptées.

Cette robustesse explique pourquoi il est devenu l’une des plantes emblématiques des filtres plantés destinés au traitement des eaux usées.

4. Les roseaux facilitent l’intégration paysagère de l’installation

Pour un propriétaire, l’un des avantages les plus visibles est évidemment l’aspect du dispositif.

Une installation plantée correctement intégrée dans son environnement ressemble davantage à un espace végétalisé qu’à une installation d’assainissement traditionnelle. Les roseaux apportent de la hauteur, du mouvement et un aspect naturel qui permet au dispositif de trouver plus facilement sa place dans un jardin ou sur une parcelle.

Cette intégration paysagère ne doit cependant jamais prendre le pas sur les impératifs techniques. Un système d’assainissement doit avant tout être correctement conçu, dimensionné, réalisé et entretenu.

Que deviennent les roseaux en hiver avec le lagunage ?

Le cycle naturel des roseaux peut parfois surprendre les propriétaires d’une installation récente.

Au printemps, de nouvelles pousses apparaissent et la végétation se développe rapidement. Pendant l’été, les roseaux atteignent leur plein développement. À l’automne puis en hiver, les parties aériennes jaunissent et sèchent progressivement.

Cela ne signifie pas que l’installation est à l’arrêt ou que les plantes sont mortes. Les parties souterraines, notamment les rhizomes, restent présentes et permettent généralement à la végétation de repartir lorsque les conditions deviennent de nouveau favorables.

L’aspect visuel du filtre évolue donc naturellement au cours de l’année.

Faut-il couper les roseaux quand on fait du lagunage ?

Selon le type d’installation et les recommandations d’exploitation, une intervention sur les parties aériennes peut être nécessaire périodiquement.

Cette opération est souvent appelée faucardage. Elle consiste à couper les parties aériennes sèches de la végétation, généralement pendant la période de repos végétatif lorsque cela est prévu pour le dispositif concerné.

La fréquence et la méthode d’entretien ne doivent toutefois pas être décidées au hasard. Elles dépendent de la conception de l’installation, de son fonctionnement et des préconisations associées au système.

Il est donc préférable de respecter les consignes données lors de la réalisation de l’installation plutôt que d’intervenir uniquement en fonction de son aspect esthétique.

Un filtre planté de roseaux peut-il se boucher ?

Comme tout dispositif de filtration, un système mal conçu, mal alimenté ou insuffisamment entretenu peut rencontrer des problèmes de fonctionnement.

C’est justement pour limiter ces risques que la conception d’un filtre planté ne se résume pas à creuser un bassin, le remplir de graviers et y planter quelques roseaux.

Plusieurs paramètres doivent être maîtrisés :

  • le dimensionnement de l’installation ;
  • les niveaux et les pentes ;
  • la nature et la granulométrie des matériaux ;
  • le drainage ;
  • la répartition des eaux ;
  • les périodes d’alimentation et de repos lorsqu’elles sont prévues ;
  • l’étanchéité des ouvrages lorsque celle-ci est nécessaire ;
  • la qualité générale du terrassement.

Une implantation précise est donc essentielle pour assurer une circulation correcte de l’eau dans l’ensemble du dispositif.

Le terrassement, une étape déterminante du projet de lagunage

Qu’il s’agisse d’un système de lagunage, d’un filtre planté ou d’un autre dispositif d’assainissement, la qualité des travaux préparatoires conditionne directement la bonne réalisation de l’ouvrage.

Le terrassement permet notamment de créer les volumes nécessaires, de respecter les profondeurs prévues, de réaliser les pentes et les différents niveaux et de préparer correctement l’installation des matériaux, canalisations, drains ou dispositifs d’étanchéité prévus au projet.

Quelques centimètres de différence peuvent avoir leur importance lorsqu’un système repose sur des écoulements gravitaires. Une bonne connaissance du terrain et une réalisation précise sont donc indispensables.

Quels sont les avantages d’un système de lagunage planté de roseaux ?

Lorsqu’elle est adaptée au terrain et au projet, cette solution possède plusieurs caractéristiques intéressantes.

  • Une intégration paysagère naturelle : le dispositif devient un véritable espace végétalisé.
  • Un traitement basé sur des processus biologiques : le système s’appuie sur l’activité naturelle du massif filtrant et des micro-organismes.
  • Une végétation robuste : les roseaux sont particulièrement bien adaptés aux environnements humides.
  • Un fonctionnement largement passif : certaines configurations peuvent limiter le recours à des équipements électromécaniques, selon les caractéristiques du terrain et de l’installation.
  • Une solution adaptée à certains environnements ruraux : l’emprise disponible et la configuration de la parcelle peuvent permettre d’envisager ce type de traitement.

Ces avantages ne signifient cependant pas que le filtre planté ou le lagunage constitue la meilleure solution pour toutes les habitations. Chaque projet doit être étudié selon les contraintes du site et la réglementation applicable.

Peut-on installer un lagunage ou un filtre planté de roseaux chez un particulier ?

Un particulier ne peut pas simplement créer librement un bassin de roseaux et y envoyer ses eaux usées.

Une installation d’assainissement non collectif doit répondre aux exigences réglementaires applicables et faire l’objet des démarches et contrôles prévus localement. Le choix de la filière dépend notamment de la nature du sol, de la superficie disponible, de la topographie, des contraintes de la parcelle et des caractéristiques de l’habitation.

Avant d’engager les travaux, il est donc essentiel de disposer d’un projet adapté et validé selon les procédures applicables.

Roseaux, lagunage et phytoépuration : attention aux raccourcis

Les termes lagunage, phytoépuration et filtre planté de roseaux sont fréquemment utilisés comme s’ils désignaient exactement la même chose.

Ils correspondent pourtant à des réalités techniques différentes.

Le lagunage repose principalement sur le séjour de l’eau dans différents bassins et sur les processus biologiques qui s’y développent. Le filtre planté repose davantage sur la filtration de l’eau à travers un massif aménagé et sur l’activité biologique qui y est associée.

Des végétaux peuvent être présents dans différents systèmes, mais leur présence ne suffit pas, à elle seule, à définir le procédé d’assainissement utilisé.

Pour en savoir davantage sur le principe général et les différentes étapes d’un projet, consultez également notre page consacrée au lagunage et à l’assainissement naturel.

Alors, à quoi servent vraiment les roseaux dans un projet de lagunage ?

Les roseaux sont donc beaucoup plus qu’un simple habillage végétal. Leur système racinaire et leur capacité à se développer dans un environnement humide en font des plantes particulièrement adaptées aux filtres plantés.

Mais il serait réducteur de dire qu’ils « nettoient l’eau » à eux seuls. L’efficacité du système repose sur une combinaison : les matériaux filtrants retiennent certaines matières, les micro-organismes assurent une grande partie du traitement biologique et les roseaux contribuent au maintien d’un environnement favorable au fonctionnement du dispositif.

Cette association entre végétation, filtration et activité biologique explique l’intérêt de ces techniques pour développer des solutions d’assainissement intégrées à leur environnement.

Roseaux dans un bassin de lagunage naturel participant au traitement écologique des eaux usées.

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La réussite d’un projet passe d’abord par une implantation adaptée au terrain et par des travaux réalisés avec précision.

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